Boccard, ingénieriste français présent depuis plus de cinquante ans dans le nucléaire civil, engage une coopération stratégique avec Thorizon, jeune pousse positionnée sur les petits réacteurs modulaires à sels fondus. L’accord vise la décarbonation industrielle en Europe et intervient dans un marché des SMR devenu prioritaire pour plusieurs États.
Boccard et Thorizon ciblent les réacteurs à sels fondus
Boccard apporte à cette alliance une expérience d’ensemblier industriel, avec des compétences reconnues dans la tuyauterie, les systèmes fluides, les équipements sous contraintes et la maintenance nucléaire. Ce socle technique répond à un besoin central des développeurs de petits réacteurs, souvent avancés sur le concept, mais confrontés à la question de l’industrialisation. Le passage du dessin d’ingénierie à un module fabricable en série reste l’un des points sensibles de la filière.
Thorizon, de son côté, travaille sur une technologie de réacteur à sels fondus, une famille de concepts qui utilise un combustible ou un fluide caloporteur sous forme liquide. Cette approche intéresse les industriels car elle promet des installations plus compactes, capables de fournir de la chaleur décarbonée à des sites fortement consommateurs d’énergie. Les applications visées concernent autant la production d’électricité que certains usages industriels où le gaz fossile reste dominant.
Le partenariat annoncé concerne les SMR, ces petits réacteurs modulaires que la France a intégrés au plan France 2030 et que plusieurs acteurs européens étudient pour compléter les grands réacteurs. Leur promesse repose sur une fabrication plus standardisée, des chantiers plus courts et une puissance mieux adaptée à des sites industriels. La réalité économique dépendra néanmoins de la qualification réglementaire, du coût des premiers exemplaires et de la capacité à sécuriser une chaîne de fournisseurs.
Pour Boccard, l’intérêt porte sur les réacteurs à sels fondus mais aussi sur les équipements périphériques, souvent moins visibles que le cœur nucléaire. Pompes, échangeurs, circuits secondaires, supports de tuyauterie et systèmes de contrôle constituent des marchés déterminants. Une jeune pousse ne peut pas tout internaliser. L’association avec un industriel déjà installé dans les exigences de qualité nucléaire permet de préparer plus tôt les choix de fabrication, les méthodes de soudage, la traçabilité documentaire et les contrôles nécessaires aux autorités de sûreté.
Deeside renforce la chaîne nucléaire britannique de Boccard
L’accord avec Thorizon arrive au moment où Boccard consolide son implantation industrielle au Royaume-Uni. Le groupe lyonnais a inauguré une usine à Deeside, au nord du Pays de Galles, pour accompagner la relance nucléaire britannique. Le site, entièrement digitalisé, couvre 10 000 m et doit produire des composants destinés aux grands chantiers comme aux futurs petits réacteurs modulaires. Cette présence locale répond à une attente forte des donneurs d’ordre britanniques, attachés à la construction d’une base industrielle nationale.
Boccard s’est déjà positionné sur Hinkley Point C, chantier d’EPR conduit par EDF Energy, avec des contrats portant sur des supports de tuyauterie et des fabrications de circuits. Le groupe est aussi référencé pour Sizewell C, deuxième projet EPR d’EDF au Royaume-Uni. Cette double exposition donne à l’entreprise une visibilité rare sur les standards britanniques, les procédures qualité et les exigences de livraison propres aux projets nucléaires complexes.
Le groupe revendique 3 000 salariés dans le monde, dont environ 500 dans son activité nucléaire. Cette taille intermédiaire lui permet de parler à la fois aux grands énergéticiens et aux nouveaux entrants du secteur. Dans le nucléaire, la crédibilité ne dépend pas uniquement d’un brevet ou d’un concept de réacteur. Elle repose aussi sur la capacité à livrer des composants conformes, documentés, contrôlables et maintenables pendant plusieurs décennies. C’est précisément le terrain sur lequel Boccard cherche à valoriser son profil d’ensemblier.
Le site gallois pourrait servir de point d’appui à plusieurs programmes, y compris ceux portés par Rolls-Royce dans les SMR. La ministre galloise Rebecca Evans a présenté le Pays de Galles comme un territoire appelé à jouer un rôle central dans la future chaîne d’approvisionnement nucléaire britannique. Dans ce contexte, la coopération avec Thorizon illustre la stratégie de Boccard: rester présent sur les grands réacteurs tout en prenant place dans les technologies modulaires, là où les industriels testent déjà leurs futurs partenariats.
Questions fréquentes
- Quel est l’objectif du partenariat entre Boccard et Thorizon ?
- Le partenariat vise à rapprocher l’expérience industrielle de Boccard et le projet de réacteur à sels fondus développé par Thorizon. L’enjeu porte sur l’industrialisation, la qualification des équipements et la préparation d’une chaîne de fournisseurs en Europe.
- Pourquoi les SMR intéressent-ils les industriels européens ?
- Les SMR sont étudiés pour fournir de l’électricité ou de la chaleur bas carbone à des sites industriels. Leur format modulaire promet une fabrication plus standardisée, mais leur déploiement dépend encore des autorisations de sûreté, des coûts et des premiers retours industriels.
À retenir
- Boccard engage une coopération stratégique avec Thorizon dans les SMR.
- Les réacteurs à sels fondus ciblent des usages industriels décarbonés.
- L’usine de Deeside renforce la présence nucléaire de Boccard au Royaume-Uni.
- Les grands chantiers EPR servent de référence pour les futurs modules.
